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Archives de Catégorie: Océan sombre

FAUDRAIT

Publié le

Faudrait que j’écrive un poème mais tous mes beaux mots sont au lavage.

J’ai essayé de les laver avec mes larmes mais ça ressort orange pâle comme des taches de sauce tomate sur mon chandail blanc.

Alors, pour ne pas me montrer en public avec mes mots sales pas javelisés, je les ai tous avalés. En même temps. Mais ça fait une boule dans la gorge qui essaie de me sortir par les yeux. Une boule de rien qui goûte la tomate et qui me colore les joues. Couleur Bronzée-pas-exfoliée. Pour chasser le goût de tomate qui ressemble étrangement à celui de la peine, j’ai mis plusieurs feuilles d’assouplissant.

Ça n’assouplit rien.

N’assoupit rien.

Sauf que quand la tristesse transpire dans les soupirs, elle a une haleine de Downy en feuille, elle se donne des airs de brise printanière, on y croirait presque.

Faudrait que j’écrive un poème, entre deux brassées de lavage.

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Rebours

Publié le

Nue et sans frissons dans tes choses à défaire

Je t’attends parmi les fragments

Entre les éclats de nous, les choses brisées

Les débris qu’il faut débriser , retrouver

L’origine, les côtés lisses sans fêlures

Les moments sans craquelures, sans larmes

Les moments d’avant.

Alors qu’il y a tant à faire, de mots tombés

À taire pour défroisser l’attente

Je chiffonne nos silences

Et les lance par la fenêtre

Je les écoute se fracasser sur le béton

Détrempés

Tant de bruits de chute

Là, en bas

En attendant la suite

En attendant qu’il ne reste plus rien.

 

Qu’elle est lourde cette patience à rebours…

Petite survie

Publié le

 

Marcher.

Je ne longe plus les murs depuis longtemps. Ce sont eux qui me rasent. Murs de lames, de larmes, de lamentations sourdes. Et ça se rapproche, se referme sur moi, je le vois, je les sens, ces rebords acérés qui me frôlent et je ne sais plus les esquiver et je ne sais plus la peau de la plaie. C’est à moi qu’ils se frottent mais c’est moi qui s’y pique, s’y coupe, s’y saigne à toutes les veines.

 

Avaler.

 

Je ne desserre plus les lèvres. Elles forment ce fil blême qui suture mes silences. Au matin, derrière cette bouche tirée, je m’éveille et je mâche mes dents. Les avale au déjeuner, et les mots avec. Et ça crisse. Crisse que ça résonne. Et ça passe entre deux lampées d’acide, tous ces maux à digérer qu’on repousse vers le fond de l’estomac.

 

Voir. Entendre.

 

Les bras qui font des arabesques pour chasser les p’tites mouches noires devant mes yeux. Les corps flottants volettent autour de mes pupilles, des acouphènes pour le regard, pis parlons-en des acouphènes, le bourdonnement dans les oreilles que ça fait quand ça te vole autour du visage, et  ça fourmille dans les tympans.  Et  t’entends plus rien, tout vient de loin, les voix, les sons, sauf le maudit bourdonnement, lui, il est en dedans.

 

Penser.

J’essaie de fermer les yeux, aussi. Fuir le bombardement d’images anarchiques qui s’impose en visions stroboscopiques sous la rétine. Repousser les convulsions épileptiques de l’étourdissant ballet des  sens, tenter d’organiser mes perceptions. Les significations m’échappent, le fil de ma pensée ne se perd pas, ne se casse pas, je m’étrangle avec. Je cherche à mettre des mots mais je ne pense qu’en instinct. En ressenti. En animale, je réfléchis en pulsions, impulsions et en réaction.

 

Respirer.

 

Malgré le séisme thoracique. Les côtes qui menacent de s’effondrer. Le sternum qui s’effrite déjà. Tiens là-dedans, c’est comme les murs, ça rapetisse, ça rétrécit, ça passe pas, l’air stagne sur mes lèvres.  Je cherche mon souffle, mais ça vient pas, c’est peut-être la bouche qui ouvre pu, ou ben les mouches qui se jettent dans mes bronches, ou les dents qui coincent, qui me noient, m’étouffent, me remplissent, enfin, je ne sais plus ce qui m’asphyxie. Rien à faire, le cou se creuse à aspirer du vide. Et ça tremble, ça gronde, ça tonne là-dedans, c’est le coeur qui s’emballe et qui remonte dans ma gorge et ça bloque et tout se serre pour que ça redescende. Inspire. Expire. Fuck it , ça va trop vite.

 

Revenir.

Finalement. Ça commence par les mouches qui s’éloignent,et elles emmènent leur bourdonnement avec elles. Et puis la bouche se déverouille. L’air rentre, c’est frais, ça chasse le bleu des joues et j’expire. Mon souffle repousse les murs et je peux les longer sans danger. Les lames sont retournées se cacher sous le plâtre. Inspire. Expire. Ça tonne de moins en moins en moins en moins fort. Et je ne suis pas morte, pas cette fois, pas encore. Calme, tranquille d’une survie à l’autre.

Petite voix (ébauche)

La petite voix

Maligne

La petite voix sourde

Qui ne sait plus se taire

Mais qui me fait taire

Et qui enterre

Tous mes sourires

 

La petite voix

Qui résonne

Sans raison

Pas  raisonnable

Qui parle par-dessus

Le gros bon sens

 

La petite voix…

 

Sortie tout droit

D’un coin d’enfance

Mal éclairé

Le petit racoin

De pénitence

 

La petite voix

Qui me rapetisse

De son discours

Qui me donne toujours

À en découdre

Avec l’espoir

 

Ma petite voix schizophrène

D’acouphène de malheur

Malgré les bouchons

Que j’insère dans mon âme

Profondément, en espérant

Creuser jusqu’au silence…

 

La petite voix survit toujours

Ses deux p’tits mots écrits à l’encre

Dans mon coeur et ma mémoire

Indélavable, indécrottable:

 »Jamais assez »

Effacement

S’envoler

À travers une ombre

Saignée comme la nuit

Blanchâtre

S’évaporant

Être inhalée à travers un filtre

D’ignorance calculée

Prendre ses racines dans la transparence

Se laisser couler

Translucide

Disparaître à force

De ne pas être vue

Dans l’intangible noirceur

Entre les étoiles

Dévisagée par des yeux aveugles

Se fondre dans l’envers

À l’endroit du revers

Du décor

Se perdre dans les couleurs

Délavées

de l’insignifiance

Torrent

Tu es de toutes les averses nocturnes

Traversés d’éclairs silencieux

De mes chairs ravagées par tes larmes

Échoués comme cadavres ironiques

Pendus par les pieds

 

Tu es de toutes les guerres

Et je suis ta Terre

Je t’accueille comme une nouvelle cicatrice

Rivière morte

Un torrent immobile faisant trembler

Mes lunes sans lumière

Tombées en noirceur entre tes lueurs inégales

 

Tu es de toutes les bourrasques

Transperçantes comme lances agitées

Qui roulent le long de ton corps

Tu chasses contre tes récifs

Tout ce qui pourrait s’y accrocher

Peurs essouflées

Réfugiées entre tes accidents

 

Tu es de tous les sentiers

Qui mènent à la mort entre les cils

Vains et mornes dans l’aube barbouillée

Tu te répands entre mes os entrechoqués

Dans la tempête

Tremblements incontrôlés de mon entrée en transparence

 

Tu es de toutes les disparitions

Des effacements furtifs des silences

Des sources taries des asséchements

De la noyade infinie des sourires

Évaporés dans ta vague inexistence

 

Tu es enfin de toutes les morts

De mes éclatements en mille souffrances

De mon esprit déchiré

De ma pensée dyslexique

Désarticulée par tous les poisons

Infiltrés sans mes reins

 

*Publié en octoblre 2004 dans l’anthologie Sur les récifs

Conscience

Auto-digestion compulsive

Du corps égrenné

Comme étouffement de la survie

La mort en pleine gueule

Injection insidieuse d’inconscience heureuse

Pour masquer l’inutilité éternelle

Ne plus savoir son nom, ignorer, s’ignorer

Pour ne pas sombrer dans la connaissance

Qui conduit à la destruction de soi

L’asphyxie de l’âme, l’assassinat des vieilles croyances

Symboliser l’enfance par l’inconscience

Pour soustraire les années noires

À l’addition des pertes

À la peur que l’encre ne sèche

De n’avoir plus rien à écrire

Ne pas se taire pour ne pas mourir

Hurler dans l’infini rempli d’insouciance

Sortir des boulamites les vieux sourires

Ressuciter les anciens frissons

Retrouver l’absolu

Enseveli sous le poids des âges

Finalement endormir la conscience

Qui suinte de chaque pore de ma peau

 

*Publié en mars 1999 dans la revue Saison Baroque.

 

 

Gabrielle Tremblay #prose

Vitrine sur mes oeuvres, prose éclectique, douceurs et brutalités. Contient des éléments qui pourraient ne pas convenir à tout le monde.

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