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Archives de Tag: slam

Les plus et les moins

J’suis pu capable de t’entendre.

Pu capable de t’entendre t’étendre sur tes grandes analyses

Comme si ta vie, c’était un livre comptable

Des plus, des moins, toujours  plus de moins pis  moins de plus

J’en peux pu de tes déficits de bonheur, tes pénuries de joie, pis de tes surplus de peine

Il serait peut-être temps, pour que ton inventaire balance que je te réapprenne à compter :

Compte pas tes rides, c’est dérisoire, au lieu de ça, conte-moi ton histoire

Dis-moi quels bonheurs, quels souvenirs ont creusé les lignes de ton sourire

Ce que la trame de ton destin a dessiné sur ton visage,

Pour te tricoter une nouvelle beauté avec le  fil des années

C’est ça que je vois quand je te regarde…

Compte pas tes calories conte-moi plutôt encore la fois, au resto…

Ce souper bien arrosé où le monde se décousait, maille après maille

Et se revirait à l’envers, verre après verre

Parle-moi du meilleur homard que t’as mangé

Est-ce qu’il goûtait le ciel ou ben la mer?

Laisse la balance faire son décompte et count your blessings!

Je veux t’entendre  compter tes grâces, PAS  tes matières grasses!

Compte pas tes sous, ce qu’il t’en rest,

Contente-toi pas de contempler tes dettes

On oublie souvent, dans le calcul de la richesse

La vie elle-même et toutes ses largesses

L’argent ça sent rien, c’est pas moi qui l’invente

Mais les souvenirs heureux, eux, ont une odeur

L’odeur d’un printemps qui explose en fleur

Les notes salées d’un front de mer,

Ou celles, douces-amères, du cou d’un nouveau né

Quand l’argent se sera envolé, c’est ces parfums-là qui vont rester

Au lieu de compter tes bobos pis tes malaises

Conte-moi les  fois où t’as eu le souffle coupé

Compte les battements que ton coeur a sautés

Ou, dans ton ventre, les caresses ailées de tous ces papillons carnivores

Rappelle-toi la  fièvre , la brûlure au corps

Que même l’eau fraîche pouvait pas éteindre

On a tous déjà pensé qu’on pouvait mourir d’amour

Avant de se rendre compte qu’il valait mieux en vivre

Au lieu de compter tes ennemis, compte plutôt sur tes amis

Même si pour ça t’as juste besoin des doigts d’une seule de tes mains

Laisse-moi enlever de ton dos les couteaux que d’autres ont planté

Ça fera  de la place pour y déposer, une caresse, une claque, une marque d’amitié

En bout de ligne, c’est  le toucher le plus léger qui devrait laisser la trace la plus profonde…

Conte-moi le dernier rêve que t’as fait, ton dernier voyage au pays des merveilles

Au lieu de compter tes heures de sommeil, les moutons, ou tes minutes d’insomnie

Et si le repos  pis même les rêves te fuient, appelle-moi!

on comptera les étoiles ensemble

On finira peut-être par désapprendre à compter et réapprendre à rêver

Que le ciel c’est comme les chiffres, ça s’étend à l’infini,

C’est nous qui avons inventé les limites…

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L’amour au temps de Facebook… et autres fléaux

J’veux plus d’AMOUR!

À défaut de ‘’je t’aime’’

On multiplie les ‘’J’aime’’

C’est plus facile sans le T

Qui t’écorche la langue :

‘’Je j’aime/tu j’aimes/Il j’aime

Nous nous j’aimons, vous j’aimez

Ils se j’aiment en choeur’’

L’amour se conjugue maintenant

Au narcissique présent

Et c’est plus qu’imparfait

Mais faut être de son temps,

La grammaire évolue!

J’veux voir ton VISAGE!

Ta figure, ta face, pas ton profil!

On se montre en check-in dans des lieux qui nous ‘’r’ssemblent’’

Une image un peu floue, qui nous ‘’représente’’

On a l’instantané un peu faux, un peu photoshoppé

On s’instagramme  l’instant présent pour laisser sa trace

Admirons-nous, haute-défintion sur l’Égostagramme

Je pourrais reconnaître ton chien, ton chat, ton pâté chinois,

Mais te croiser dans la rue, j’te reconnaîtrais pas…

J’veux des CARESSES!

Des milliers de contacts?

Une main sur le clavier, et de l’autre…

On se touche pu, on s’touch screen

Du bout des yeux, ou bien  des doigts

C’est un peu froid, mais c’est pas grave,

C’est meilleur pour l’hygiène!

Pas de risque de VIH dans nos amours archivées

Alors,  on s’enfile

Des succédanés successifs

Et on trinque à l’écran

À nos (in)succès amoureux

J’veux d’la DIGNITÉ!

On a renoncé à l’intimité

On cultive son Facebook

Comme un jardin  secret

Plus moyen de s’occuper

De son linge sale en privé

On aime bien mieux laver

Son âme sale en public

Et l’essorer juste assez mais pas trop

Pour pas perdre une goutte

Des nouvelles trop juteuses

On se fera pas d’idées, les rumeurs,

ça rapetisse pas au séchage

C’est même plutôt le contraire, ça fait juste enfler

Comme le vent dans les draps sous le soleil d’été…

On peut donc les suspendre à nos fils de nouvelles

Et les exposer à nos vents de scandales…

J’veux des ÉMOTIONS

J’ai  BESOIN d’émotions!

J’comprends pas toujours tes intentions

C’est plus dur sans les intonations

J’voudrais que tu me textes ta voix

Que tu me faxes ton odeur

Que tu me tweetes  ton bonheur,

L’éclat au coin de tes yeux rieurs

J’voudrais un peu moins de LOL,

Un peu moins de lettres, de symboles

Et un peu plus de rire, le vrai, tsé?

Celui qui remplit le coeur et les oreilles…

J’veux jouer  DEHORS!

Emprisonnés devant nos p’tites boîtes carrées

À voir le monde dans une p’tite fenêtre

Bien fermée sur nos paysages

C’est peut-être le temps de  fermer les fenêtres

Et d’ouvrir la porte toute grande

C’est peut-être le temps de mettre le nez dehors

Juste pour voir si la vie sent meilleur en vrai

Si le monde est plus beau en trois dimensions

Et si c’est vrai que les étoiles brilleront toujours

Plus fort que les pixels!

*Performé le 11 novrembre à Slamontréal (o patro vys)

 

Ça se peut que ça fasse mal

Publié le

Ça se peut que ça fasse mal…

 

Nos mots pleins d’épines,

Nos effleurements, nos mots fleurs-de-peau

Nos amours de papier, de papier sablé

Nos murmures effrités qui s’émiettent et tombent

Sur le plancher trop froid

Et on s’empresse de balayer ça

Sous le tapis pour que ça ait l’air propre

 

(Que c’est donc beau de se réduire en poussière)

 

Ça se peut que ça fasse mal…

 

Nos caresses douloureuses,

Nos mains gant-de-crin

Et les sillons roses qui nous recouvrent le corps

Les blessures qu’on s’écrit à quatre mains sur la peau

Et qu’on s’empresse d’effacer d’un coup de langue

Pour que ça reste lisse et que ça laisse pas de marques

Les billes écarlates qu’on lèche en silence

Pour que les draps restent blancs

 

(Que c’est donc grand de s’écorcher vifs)

 

Ça se peut que ça fasse mal…

 

Nos incendies étouffés sous la couverture

Nos brulûres tatouées sur les lèvres

Nos souffles qui s’embrassent,

Les phrases qui s’embrasent et les tisons

qui se déposent sur nos visages

La suie sur la langue, les yeux qui pleurent

La fumée emprisonnée dans nos cages thoraciques

 

(Qu’on est donc tragiques avec nos cicatrices)

 

Ça se peut que ça fasse mal…

 

Et le froid aussi, ça peut brûler,

Quand il s’insinue entre nous,

Quand ses flammes transparentes nous lèchent

Sournoisement la peau

Et nous pénètre jusqu’aux os,

Jusqu’au coeur

Et fraie son chemin jusqu’à l’âme

Si creux que le corps de l’autre

Ne peut plus nous réchauffer

Et que nos frottements désespérés

Ne rallument plus rien

Pour redonner vie à notre pauvre amour

Qui a froid aux mains

 

(Et on dit que mourir de froid, c’est comme s’endormir…)

 

Ça se peut que ça fasse mal…

 

Ce lit qui se transforme en champ  de bataille,

Lieu de tous les carnages,

De tous les combats de nos amours boueuses

Ta peau entre mes dents (victoire étalée sur une blessure)

Mon sang sur les lèvres (tes représailles mordantes)

Les trahisons qu’on s’enfonce tour à tour entre les omoplates

La fin des hostilités n’attend que le bruit de la chute d’un corps

 

(Qu’on est donc nobles avec nos blessures de guerre)

 

Ça se peut que ça fasse mal…

Parce qu’elle finit toujours par survenir

Un jour, une nuit, quand on ne l’attend plus

La désertion…

La traversée du désert, en solitaire,

La soif qui goûte le fer,

Respirer l’enfer, recracher de l’air

La tempête de sable au fond de la gorge,

La larme salée qui apaise à peine

La langue craquelée,  la plainte silencieuse

Une main tendue, supplique inutile

 

(Qu’on est donc petit devant un désert à avaler)

 

Ça se peut que ça fasse mal…

 

Nos amours tragironiques

Ça se peut que ça fasse mal,

Mais t’en mourras pas.

 

*SLAM performé le 9 août au Café Bloom, dans le cadre de la soirée PSAUME, animée Par Marjolaine Robichaud et Yvon Jean.

Ça se peut que ça fasse mal (slam, extrait)

Publié le

Ça se peut que ça fasse mal

Nos mots pleins d’épines,
Nos effleurements, nos mots fleur-de-peau
Nos amours de papier,  de papier sablé
Nos murmures effrités qui tombent en miette
Sur le plancher trop froid, qu’on s’empresse de balayer
Sous le tapis pour que ça ait l’air propre

(Que c’est donc beau de se réduire en poussière)

Ça se peut que ça fasse  mal

Nos caresses douloureuses aux mains gants –de- crin
Et les sillons roses qui nous recouvrent le corps
Les blessures qu’on s’écrit  à quatre mains sur la peau
Et qu’on s’empresse d’effacer,  d’un coup de langue
Pour que ça reste lisse
Et que ça laisse pas de marques
Les billes écarlates qu’on lèche en silence
Pour que les draps restent blancs

(Que c’est donc grand de s’écorcher vifs)

Ça se peut que ça fasse mal…

Gabrielle Tremblay #prose

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